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L'ÉTUDE DE CAS : PRINCIPES ET MÉTHODOLOGIE


Pierre CÉLIER, Professeur de l'ENSET de Mohammedia
Document mis à jour le 28/05/2003


L' étude de cas est un exercice pédagogique particulier qui permet, notamment, de mettre en évidence la capacité des individus à mobiliser et articuler leurs connaissances dans différentes disciplines pour faire face à des situations qui, malgré leur simplification, reflètent la complexité et les contraintes des situations réelles.
Son emploi s'avère donc particulièrement bien adapté au domaine de l'économie-gestion, qui couvre un ensemble cohérent et indissociable de disciplines académiques (économie générale, économie d'entreprise, droit, techniques quantitatives de gestion, comptabilité, mercatique, etc.) trouvant leur unité autour de la notion de gestion d'entreprise. Ceci explique la généralisation de ce type d'épreuve, pour évaluer les savoirs et savoir-faire des candidats dans ces disciplines, lors des concours et examens.
L' étude de cas, comme toute épreuve, répond à un certain nombre de règles précises. Bien que celles-ci soient largement diffusées à travers une littérature spécialisée abondante (1), de nombreux candidats,  tant à l'agrégation qu'aux différents concours d'entrée du CPA-EG, semblent relativement peu familiarisés avec celles-ci. L'objectif de ce document est de leur rappeler les principes de base de ce type d'épreuve (plus particulièrement à l'écrit) et de leur fournir quelques conseils méthodologiques, afin qu'ils puissent mieux s'y préparer.
Après avoir précisé les objectifs d'une étude de cas (I), nous rappellerons ses principales caractéristiques (II) et sa méthodologie générale de résolution (III) avant de conclure sur quelques recommandations d'ordre pratique (IV).



  
I) OBJECTIF D'UNE ÉPREUVE DU TYPE "ÉTUDE DE CAS"
Les épreuves du type "étude de cas", visent, à travers la simulation d'une situation professionnelle, à vérifier l'aptitude du candidat à adapter ses connaissances théoriques à une réalité managériale spécifique (caractérisée par la nature, la taille et la politique suivie par l'entreprise où le candidat est projeté, la nature de ses produits, l'intensité concurrentielle de son secteur, etc.).
Elles cherchent donc à évaluer non seulement les connaissances académiques des candidats, mais également leurs  compétences techniques. Ces derniers doivent donc faire la preuve de leur capacité à identifier et analyser les différents aspects de la situation qui leur est proposée afin d'émettre des propositions d'actions opérationnelles (i.e. formuler des choix précis prenant en compte les contraintes de l'entreprise et de son marché, ce qui suppose une nécessaire prise de risque).



  
II) CARACTÉRISTIQUES D'UNE ÉTUDE DE CAS
Une étude de cas se caractérise par 4 éléments fondamentaux :
- un cas
- des données
- une mise en situation
- des problèmes à résoudre

Un cas :  il s'agit d'une "organisation" (entreprise, administration, association) dont la situation est décrite à travers un certain nombre de pages de données réelles (une dizaine ou plus, suivant la nature du concours).
Ces données portent sur :
- une organisation réelle avec son histoire, sa culture, ses forces et faiblesses, un certain type de management, etc.
- le marché et l'environnement spécifique à cette organisation (il convient donc d'identifier et d'analyser leurs particularités, afin d'y détecter les opportunités et/ou les menaces pour l'entreprise).

Des données :  généralement transmises sous forme d'annexes, elles sont :
- nombreuses : elles fournissent  beaucoup d'informations d'origines diverses (leur fiabilité  peut d'ailleurs, éventuellement, faire l'objet d'une analyse critique), internes (données financières, commerciales ou stratégiques) ou externes (données sur le marché, les concurrents et l'environnement) à l'organisation.
- complexes : la simple lecture  et compréhension de ces annexes peut demander un certain niveau de connaissance préalable (documents comptables, données issues de panels, résultats d'études quantitatives, etc.).
- brutes : qu'elles soient quantitatives ou qualitatives il est généralement nécessaire de retraiter ces données pour les rendre utilisables et en extraire leur potentiel d'information (calcul d'évolution, analyse sous forme de tableau ou graphique, etc.)
- suffisantes  : bien que nécessairement incomplètes (il est impossible de fournir une documentation exhaustive sur une entreprise) ces données fournissent toujours suffisamment d'éléments pour structurer une démarche et étayer un raisonnement. En aucun cas leur caractère parcellaire ne peut justifier que le candidat refuse de proposer sa solution aux problèmes qui lui sont posés. Il s'exposerait au risque de se voir sanctionner pour ne pas avoir su tirer l'essentiel des documents fournis et/ou de ne pas avoir su prendre des risques (s'il le juge nécessaire, il peut toutefois recommander une recherche d'informations complémentaires pour vérifier le bien fondé de ses propositions).

Une mise en situation : la présentation du cas est accompagnée d'une mise en situation qui n'est ni atemporelle, ni impersonnelle. Le cas attribue au candidats une place précise dans le processus décisionnel et à un moment donné dans l'histoire de l'entreprise. C'est en fonction de celle-ci que celui-ci doit adapter à la fois :
- la nature et le type de ses recommandations (celles attendues d'un adjoint au directeur commercial ne sont pas les mêmes que celles d'un stagiaire ou d'un consultant recruté par la direction générale).
- le ton de ses recommandations (membre de la hiérarchie, il s'adresse, à travers son exposé, à ses supérieurs ou à ses collaborateurs - consultant externe, il doit rédiger un rapport de spécialiste destiné à des commanditaires qui ont eux-même une place précise dans la hiérarchie)

Des problèmes à résoudre : en général, un cas propose plusieurs "situations problèmes" (présentées sous forme de "dossier" ou de "partie") nécessitant la mise en œuvre de démarches différentes.
Suivant la nature de l'épreuve, les problèmes à résoudre peuvent être formulés de manière :
- "contraignante" : le candidat se voit imposer les étapes d'un raisonnement à suivre et les outils à utiliser (par exemple : après avoir calculé son coût de revient, puis son prix d'acceptabilité, proposez un prix de lancement pour le produit X)
- "ouverte" (en terme d'objectif ) : le candidat a alors le choix sur la démarche de résolution à adopter et la nature des outils à mobiliser (par exemple : quel prix de lancement préconiseriez-vous pour le produit X)... sachant qu'il est alors tenu de justifier la pertinence de ses choix méthodologiques.


  
III) MÉTHODOLOGIQUE GÉNÉRALE DE RÉSOLUTION D'UN CAS
- La méthodologie générale de résolution d'une étude de cas peut se schématiser en 5 étapes :
Identification de la nature exacte du problème posé :  il s'agit de repérer, grâce à une lecture minutieuse des questions de l'énoncé et des données fournies en annexe, la nature du thème à traiter qu'il s'agisse d'un problème de gestion, de décisions ponctuelles à prendre ou de décisions stratégiques à éclairer.
Dans les étude de cas les plus complexes, le thème de réflexion est souvent implicite (le candidat doit donc l'identifier et le préciser) et le problème principal posé peut se subdiviser en "sous-problèmes" qui sont à découvrir et à traiter.
Analyse du problème :  en s'appuyant sur les annexes (après une éventuelle analyse critique de leur pertinence) et ses connaissances personnelles, le candidat doit repérer, analyser et traiter les données essentielles à la compréhension du problème posé et de son contexte. Cette démarche d'analyse passe donc par 3 étapes :
- repérer les données importantes grâce à une lecture attentive et minutieuse des annexes ;
- traiter les données brutes importantes afin de générer de l'information (représentation graphique, calcul de variation, construction de tableaux, élaboration de schéma ou de diagramme d'analyse, etc.)
- dégager les axes fondamentaux et structurants de la solution sur la base des informations importantes retraitées.
Détermination des solutions :  à partir de l'analyse précédente, il est alors possible de formuler une ou plusieurs solutions alternatives, en précisant systématiquement les objectifs poursuivis (de manière précise et, si possible, quantifiés) ainsi que  les moyens pour les atteindre (les propositions devant être claires, opérationnelles et cohérentes avec la situation de l'entreprise et de son environnement).
Sauf cas particulier (question de cours) les correcteurs attendent du candidat qu'il applique ses connaissances pour proposer une solution au problème posé et non qu'il se contente d'exposer ses connaissances générales sur le thème proposé.
Choix d'une solution :  il est fréquent que le candidat soit confronté à plusieurs solutions alternatives possibles. Dans ce cas, il doit nécessairement, en conclusion, recommander, en la justifiant, une solution précise parmi celles présentées. Suivant la nature du problème posé et son degré de complexité, cette justification peut être soit "globale" (présentation des avantages et inconvénients des différentes alternatives et choix final en conclusion), soit "systématique" (choix raisonné entre les différentes solutions possibles à chaque étape de la démarche de résolution).
Il est souhaitable que le candidat accompagne sa "solution" de recommandations concernant sa mise en œuvre  (conditions de réussite - contraintes légales, organisationnelles et humaines - calendrier de mise en œuvre - budget - etc.).
En matière de gestion, il existe rarement une seule "bonne" solution. Les candidats doivent donc prendre conscience qu'ils seront évalués non pas par rapport à une solution type attendue, mais en fonction de la cohérence de leur solution par rapport à la situation présentée dans le cas et de la qualité de leur argumentation (ainsi, une "bonne" solution fournie sans aucune justification risque de ne leur rapporter que très peu de points).


  
IV) RECOMMANDATIONS D'ORDRE PRATIQUE
Avant l'épreuve :
- Quel que soit le concours préparé, lire attentivement l'intitulé de l'épreuve et les textes officiels la régissant, afin de bien cerner les champs disciplinaires couverts (une étude de cas est, par nature, pluri-disciplinaire) et ses contraintes (notamment en terme de temps).
Parallèlement, s'imprégner de l'esprit de l'épreuve et des attentes du jury grâce à une lecture tout aussi attentive des sujets et, surtout, des rapports de jury des sessions précédentes.
- Un entraînement régulier, dans les conditions de l'épreuve, est la meilleure façon de se préparer aux difficultés intellectuelles (résolution de cas et rédaction des réponses), psychologique (stress) et "physique" (travail intensif pendant tout la durée de l'épreuve) d'une étude de cas.
Toutefois, il convient de rappeler, que les études de cas réalisées au cours d'une préparation sont destinées à s'entraîner et non à fournir des grilles d'analyse ou des solutions toutes faites. C'est le contexte professionnel spécifique au cas proposé qui doit guider le candidat dans sa démarche méthodologique et non la mémoire ou l'expérience de cas antérieurs.

Lors de la phase de prise en main du sujet :
- Se rappeler que l'une des premières difficultés d'une étude de cas est la gestion du temps. Lors de la prise en main du sujet, le premier réflexe du candidat doit donc être de planifier correctement le temps qui lui est imparti, en fonction du niveau de difficultés et du barème des différentes questions, sans oublier de garder un temps suffisant pour la rédaction de ses réponses ainsi que pour la relecture et la mise en forme finale de son travail.
À titre purement indicatif (à moduler suivant la nature du cas et les compétences particulières du candidat) on peut envisager le découpage suivant pour des épreuves de 4 à 6 heures :
- lecture approfondie du sujet et des annexes et réflexion globale : 20 % du temps
- résolution des problèmes et formulation des solutions : 45 % du temps au maximum, à répartir entre les différentes questions suivant leur niveau de difficulté perçu et leur "valeur" en terme de point.
- rédaction des solutions : 30 % du temps au minimum (attention cette phase de rédaction s'avère souvent beaucoup plus longue que prévue... Il est donc souhaitable que le candidat, lors de sa préparation, fasse l'effort de s'y entraîner en rédigeant complétement, au propre, ses réponses)
- relecture, correction et mise en forme de l'étude de cas : 5 % du temps
- Le candidat doit impérativement prendre le temps de faire une lecture active (surlignage, prise de note, classement des données), minutieuse (afin de bien identifier les différentes particularités du cas proposé) et critique (certaines informations peuvent être contestables ou d'un intérêt mineur) de l'ensemble des documents.
Il peut être profitable de procéder à une lecture du cas en 2 temps : une première lecture rapide d'immersion pour s'imprégner du sujet (pages de présentation, titres et sous-titres des annexes principales) suivie d'une deuxième lecture approfondie (guidée par les idées retenues lors de la première lecture).


Lors de la phase de réflexion / résolution du cas :
- Se rappeler que les systèmes de notation favorisent, en général, les candidats qui ont abordé et traité l'ensemble des questions, par rapport à ceux qui n'ont traité qu'un nombre limité de questions, même si c'est de manière plus approfondie.
En particulier, en cas de blocage ou de difficultés, le candidat doit veiller à respecter son planning initial. S'il a épuisé le temps qu'il s'était fixé pour une question donnée, il est préférable qu'il passe aux questions suivantes et tente de gagner du temps sur celles-ci afin de revenir, ensuite, si le temps qui lui reste le permet, sur celle(s) qu'il n'a pas terminée(s).
- Le candidat doit prendre le temps de réfléchir au sens précis des questions qui lui sont posées et veiller à structurer sa réflexion en fonction de celles-ci et non de ses réminiscence de cours ou de lectures antérieures.


Lors de la rédaction :
- Lors d'une épreuve écrite, la copie du candidat est son seul moyen d'expression et le seul élément sur lequel il sera jugé. Son fond et sa forme sont interprétés comme le reflet de sa personnalité. Elle doit donc apparaître claire, rigoureuse et soignée.
- Lorsque les questions sont "ouvertes" (cf. supra) et appellent un long développement, la candidat doit veiller à structurer sa réponse, c'est à dire à annoncer (et respecter) un plan. Ce dernier doit être pertinent (il ne suffit pas de numéroter des paragraphes pour construire un plan, l'enchaînement des parties doit correspondre à une logique et répondre au problème posé), apparent (l'ordre des différentes parties doit apparaître clairement au lecteur) et déboucher sur une conclusion (recommandation finale).
Afin de faciliter la lecture du correcteur et de donner une coloration plus "professionnelle" à son plan, il peut être opportun de donner aux différentes parties de celui-ci des titres "signifiants" (i.e. résumant l'idée essentielle des parties chapeautées) plutôt que "descriptifs".
- Bien que composée de différents dossiers indépendants, une étude de cas est un ensemble cohérent. Une introduction et une conclusion générale peuvent être un moyen élégant, pour le candidat, de montrer qu'il a compris et dominé la ou les problématiques du cas. Toutefois, ces éléments étant rarement attendus et valorisés en terme de point, il est préférable de les éviter si le candidat manque de temps (d'autant plus que, s'ils ne sont pas correctement rédigés ou s'ils se contentent de paraphraser l'énoncé, ils risquent d'indisposer le correcteur et donc, finalement, de nuire au candidat).
- Normalement, les réponses des candidats doivent être rédigées. La présentation des idées sous forme de tirets ou en style télégraphique est donc, sauf cas particulier, à proscrire.
Cependant, si les règles habituelles de la syntaxe doivent être respectées, il ne s'agit pas de transformer chaque élément de réponse en dissertation. Certaines réponses se prêtent à une rédaction, d'autres à une présentation plus schématique.
- Pour des raisons de gestion du temps, il est vivement conseillé aux candidats de rédiger leurs réponses directement au propre, après qu'ils aient structuré leurs principales idées et arguments au brouillon. Seuls les passages les plus délicats peuvent faire, éventuellement, l'objet d'une rédaction préalable au brouillon.
- Lors de cette phase de rédaction, les candidats doivent veiller à :
- faire des phrases courtes, celles-ci étant plus faciles à maîtriser sur le plan de l'orthographe et du style (à cet égard, un tableau bien conçu est souvent plus clair et synthétique qu'un développement rédigé)
- utiliser des termes techniques appropriés en évitant les termes "à la mode" mais ambigus ou les expressions journalistiques
- éviter de reprendre textuellement des éléments des annexes (il est inutile de recopier une donnée de l'annexe, sauf si on l'a retraité pour en extraire une information nouvelle)
- de donner les références précises des annexes (numéro) et des données (PdM en volume ou en valeur, période, etc.) sur lesquels ils appuient leur analyse ou leurs propositions
- ne pas redire, sous forme de phrases, ce qui peut se lire directement dans un tableau ou un graphique
- écrire très lisiblement et proprement

Lors de la mise en forme d'une copie :
- Le candidat doit organiser sa copie de manière à faciliter le travail du correcteur, en particulier il doit veiller à :
- paginer ses copies
- identifier clairement chaque dossier ou partie sur son devoir (il est préférable de changer de copie lorsque l'on aborde une nouvelle partie du cas).
- aérer sa présentation (sauts de ligne, marge, espace suffisant entre les questions pour d'éventuels rajouts lors de la relecture, etc.)
- utiliser règle et couleurs (sans en abuser) pour mettre en forme son travail
- prévoir un temps suffisant pour la relecture (correction de l'orthographe et de la syntaxe)

Conseils pratiques :
- Les candidats ne le réalisent pas toujours, mais travailler efficacement à son plus haut niveau pendant une durée de plusieurs heures (jusqu'à 6 heures d'affilée pour l'épreuve d'agrégation) est également une épreuve physique, à laquelle il convient de se préparer grâce à un entraînement régulier aux étude de cas, mais également par une bonne hygiène de vie (alimentation, sommeil).
- Enfin, pour terminer, il n'est peut être pas inutile de rappeler aux futurs candidats de penser à se munir, pour le jour de l'épreuve, d'un nombre suffisant de fournitures scolaires (stylo de rechange, stylos de couleur, règles, machine à calculer, etc.) ainsi que de petits réconforts qui les aideront à tenir sans les perturber dans leur travail (confiseries, boissons, fruits faciles à manger sans salir sa copie ou déranger ses voisin, etc.).

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(1) Parmi les nombreux ouvrages disponibles sur le marché, on peut citer, par exemple : "Décisions marketing" D. Merunka (Dalloz) - "Techniques marketing" Bon et Gregory (Vuibert) - Études de cas de marketing" M. Pointet (Éditions d'Organisation), "Méthodologie de l'étude de cas à l'agrégation d'économie et gestion commerciale" J.M. Panazol (fascicules de méthodologie délivrés par le CNED lors d'une inscription à une préparation par correspondance de l'agrégation externe française), etc.


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